Amoureuse de la Côte d'Azur, Kaja, 20 ans, s'était inscrite à l'université de Nice pour un an afin de perfectionner son français avant de poursuivre des études de psychologies dans son pays, la Norvège. : Photo D.R. Sur la table de sa chambre, elle a laissé un mot pour ses parents à côté des résultats catastrophiques d'un test de personnalité auquel elle venait juste de se soumettre dans les locaux de l'Eglise de scientologie... Et puis, elle a sauté du 4e étage de sa résidence universitaire, rue Assalit à Nice.
Kaja Gunnar Ballo, étudiante norvégienne inscrite à l'université de Nice, avait 20 ans. C'était le 28 mars. Et ce suicide qui, respect de la vie privée oblige, n'aurait pas dû faire une seule ligne dans la presse norvégienne, suscite aujourd'hui une colossale polémique qui, depuis hier, dépasse largement les frontières scandinaves. Alors que la fin tragique de Kaja est devenue une affaire d'Etat en Norvège, une information judiciaire pour recherche des causes de la mort a été ouverte à Nice par le procureur Eric de Montgolfier. Y a-t-il un lien entre l'acte désespéré de cette jeune fille et les activités de l'Eglise de scientologie ? C'est la question que la justice se pose.
Epinglée à deux reprises par la mission d'enquête parlementaire « sur les dérives sectaires », la scientologie se retrouve donc une nouvelle fois au centre d'une vaste polémique. Hier après-midi, deux bénévoles de l'église si chère à Tom Cruise ont été convoqués par les enquêteurs à la demande d'un juge d'instruction. Mais alors que des policiers en tenue étaient dépêchés rue Pertinax devant le siège de la scientologie pour éviter que ne dégénère le face-à-face entre des journalistes norvégiens et les adeptes de la dianétique, rien n'a filtré sur l'évolution des investigations confiées au groupe d'appui judiciaire de la sécurité publique.
« Pourquoi salir la
mémoire de ma fille ? »
Le bref passage de Kaja le 28 mars au matin dans les locaux de la scientologie peut-il avoir été à ce point déstabilisant que la jeune étudiante décide quelques heures plus tard d'en finir avec la vie ? La question hante plus que jamais ses parents : son père est député socialiste au Parlement norvégien, sa mère est secrétaire d'Etat en charge de l'environnement. « Pourquoi a-t-elle fait ce test ? Sans doute parce qu'elle a toujours été curieuse de tout ; et qu'habitant à deux cents mètres du local de la scientologie, elle a dû être abordée jour après jour par des adeptes de cette « église », suppose Olav Gunnar Ballo. Mais quand on lit les résultats de ce test - qui la présentait comme déséquilibrée, renfermée, déstabilisée -, on peut légitimement se demander s'ils n'ont pas été le détonateur du drame. C'est ce test qu'elle laisse en évidence sur sa table de chevet !!! Et le fait qu'en réponse à nos questions aussi légitimes qu'obsédantes, le porte-parole de la scientologie en Norvège ait cru devoir salir la mémoire de ma fille, en la présentant comme une malade, une accro aux antidépresseurs qui depuis dix ans aurait fait d'incessants allers-retours en psychiatrie, ne peut qu'attiser nos soupçons. »
Le contre-portrait
des scientologues
Le père de Kaja n'en dira pas plus. Si sa fille à bel et bien souffert d'anorexie, ces troubles remonteraient à 2001. Kaja, alors était une pré-adolescente perturbée par le divorce de ses parents. « Depuis elle allait bien, très bien. Ses copains de fac vous le diront tous (voir ci-contre). C'est honteux de tenter de la présenter ainsi. »
Honteux... à moins de chercher à tout prix à se dédouaner ? Le soupçon reste en suspens. Et, fatalement, dans les locaux niçois de l'Eglise de scientologie, on le dénonce avec la plus grande fermeté : « Comment nous accuser quand, en tout et pour tout, Kaja a passé une petite heure avec nous. En revanche, ce qu'elle nous a confessé n'était effectivement pas très gai : elle nous a dit être sous traitement lourd depuis dix ans et ne plus le supporter. Elle nous a dit souffrir toujours d'anorexie. Elle nous a raconté sa douleur. Mais tout cela n'est pas de notre responsabilité. »
La justice devra trancher. Souvent accusée, rarement inquiétée, la scientologie se pose en victime d'une nouvelle cabale. Même si la seule et unique fois où la scientologie fut condamnée en France, ce fut à Lyon en 1996 pour « homicide involontaire » dans une affaire qui étrangement ressemble à celle de Kaja.