La Nuit



Édition du mardi 15 janvier 2008

Aux mains de Justice à Monaco (11 janvier 2008)

De l'électricité dans l'air. Undécorapocalyptiquemêlant brouillard à couper au hachoir et obscurité quasidantesque.Fallait-il voir unsigne des cieux dans l'atmosphère régnant sur l'autoroutenousconduisantà Monaco ?

Oualors le message d'un « Phantom », bien connu des fan(atique)s deJustice qui, comme nous,ont pris ce drôle de chemin de croix. Disons plutôt de "",d'ailleurs, titre de l'album(et symbole) du duo électro français, qui l'aura porté aupinacle de la gloire ces sixderniers mois, le plaçant en odeur de sainteté dans tous lescharts de la planète.La venue des deux dj's sur la Côte revêtait ainsi, vendredi,ce on ne sait quoi deprovidentiel nous poussant à braver les éléments (certes, il nous enfaut peu pourpaniquer). Et c'est dans ces conditions (météorologiques) qu'à « One minuteto midnight »(ou presque), et après dissipations de ces brumes passagères, nous approchonsduGrimaldi-Forum et de sa discothèque, Karé(ment) prise d'assaut. Desvoituresstationnées partout, majoritairement immatriculées dans le 06 et le 83, une nuéedepersonnes au pied de l'escalier menant au saint des saints, et un sentiment de débutdedescente aux enfers sitôt garés dans le parking sous-terrain de l'édifice vitré.Justice, mais pas pour tous ? Les « indicateurs » semblent à ce moment au plus bas. Vaderetrosatané pessimisme : on a défié le climat, on peut bien s'attaquer aux cerbères del'entrée! Et l'on se radoucit vite fait quand ces derniers ne voient aucune objection,quelhonneur, à nous laisser passer.

« Stress » total

Nous voilà illico plus légers? de 30 e (avec une conso). L'arnaque serait-elle au rendez-vous ? On s'imagine tout de suite le topo : Justice arrivant sur le très tard pour mixer une demi-heure histoire de ; des verres aussi mini que la jupe de la demoiselle nous précédant ; bref, le « Stress » total. Mais pourquoi voir tout en noir ? Ça doit sûrement être le temps, ça. Car, première (bonne) surprise, on repart du bar avec un « drink » double (bien plus grand, en tous cas, que la contenance habituelle dans les autres établissements). Le défi, maintenant, étant d'éviter d'en renverser la moitié vu qu'une boîte de sardines paraîtrait franchement plus spacieuse par rapport à celle-là.

Serial clopeurs

Ça ne va pas aller en s'arrangeant. Pensez, sitôt lancé le nom Justice au micro - il est un peu moins d'une heure du matin, deuxième (bonne) surprise - et c'est l'exultation, la liesse en liasses sur les tables où les Jéroboams coulent à flot, le transport en commun sur une piste (de danse) devenue fosse (de concert) aux lions affamés de sons électrisants. Gaspard Augé porte sa croix autour du cou et chauffe direct la salle, doigts claquants au ciel, alléluia, tandis que Xavier de Rosnay jubile derrière sa console de jeu (musical). Du haut niveau. Ces serial clopeurs allument cigarette sur cigarette : mais comment font-ils depuis le 1er janvier, en France ? La principauté s'offre en effet le luxe, pour l'instant, de n'avoir pas encore voté de loi antitabac dans ce type d'établissement. Un bien ? Un mal ? Justice a tranché.

Alors que les titres s'enchaînent, on continue à se déchaîner, et les portables immortalisent la scène à la chaîne. Invités dans le cadre du meeting politique de l'Union pour la Principauté en vue des municipales, les deux acolytes n'hésitent pas à virer de bords. Du tout électro, ils passent à Kylie Minogue (si, si), font un clin d'?il à Rita Mitsouko, craquent rock avec les Ramones, reviennent sur le mix qui les a révélés, « Never be alone » de Simian, avant de s'attaquer aux pères de la french touch, les Daft Punk, eux que l'on considère comme leurs « descendants » légitimes.

Justice est fête

Troisième (toujours bonne) surprise, cela fait maintenant plus d'une heure et demie que le groupe a entraîné son petit monde dans la « D.A.N.C.E ». Justice est fête. Nous, on commence sérieusement à fatiguer. On doit bien être les seuls. Plus près de vingt que de trente ans de moyenne d'âge (ça fout un coup, non ?), les assoiffés de Justice semblent impossibles à rassasier. Même si ça sent la fin. Rage Against the Machine explose avec son final en apothéose, le mythique « Fuck you, I won't do what you tell me ! » tranchant avec l'image « veloutée » de la terre d'accueil de ce set démentiel. Ça balance pas mal jusqu'ici, depuis deux heures, quand Gaspard et Xavier envoient? « Il jouait du piano debout ». C'est peut-être un détail pour vous, mais pour eux ça veut dire beaucoup, ça veut dire qu'ils sont libres, grâce à cela, de poser avec leurs fans pour une longue série de photos souvenirs. L'un d'eux nous interpelle : « Vous faites la queue ? ». Euh non, c'est pas ici les toilettes, pourquoi. « Pour les autographes ». Slurp, on en avalerait presque son stylo. Encore inconnu il y a quelques mois, Justice est aujourd'hui rattrapé par un phénoménal succès. Un acte prémédité de la part de ces deux Dj's désormais stars pris, ce vendredi à Monaco, en flagrants délires musicaux.

Stéphanie Mayol
Nice-Matin

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