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Nice-Matin

Actualité Alpes-Maritimes

mercredi 23 juillet 2008

Nice : Le Tour, c'est encore la France de Tati

 Saint-Étienne-de-Tinée et le haut pays azuréen ont vécu hier au rythme de la caravane du Tour.  :  Photo Philippe Bertini Saint-Étienne-de-Tinée et le haut pays azuréen ont vécu hier au rythme de la caravane du Tour. : Photo Philippe Bertini

Il flotte, dans le sillage du Tour de France, un indéfinissable parfum de la société des années 50, d'un pays, sans souci des lendemains, imprimé en noir et blanc sur le calendrier des PTT, d'une France cheminant entre deux siècles sous l'oeil de la caméra joueuse de Jacques Tati. Sur les routes autour d'Isola et Saint-Étienne-de-Tinée, l'ambiance est heureuse en cet éclatant matin d'été.

Il suffit, à l'ombre d'un camping-car, d'un pliant en tissu, d'une réserve de rosé frais, cru « cubi », d'un transistor et d'un jeu de cartes pour s'abandonner à l'instant. Béat. Avec pour seule pensée et but ultime : « Voir passer les coureurs. »

« Voir passer les coureurs... »

Quatre mots magiques, qui traversent les générations sans prendre une ride. Quatre mots devenus une locution, d'une confondante banalité mais qui, indissociables à la queue leu leu, sont imprégnés tout à la fois de sueur, de puissance, de doute et de gloire.

Et la caravane du Tour est à l'unisson de son public, populaire, géante et désuète avec ses pubs sculptées façon grosses têtes de carnaval. Il y a Panach', Cochonou et La Vache qui rit... Tout pour une pause casse-croûte bien franchouillarde en s'éventant avec Le Journal de Mickey (Je croyais qu'il n'existait plus !).

Oui, le Tour de France, c'est la France profonde des plaisirs gratuits en famille ou entre copains, c'est l'émanation du pays des clochers et des fanfares, des buffets avec rillettes et pâtés, ici pissaladières et jambon cru, des cocardes et des estrades.

Celle de Saint-Etienne-de-tinée n'a pas été occupée très longtemps, faute d'invité d'honneur (lire ci-contre), mais les élus locaux l'ont escaladée un instant. Le président du conseil général a dit deux mots galvanisateurs. La maire, Thérèse Fabron, a déclaré sa flamme au Tour et à ses invités...

Le Tour, c'est aussi la France des revendications, des coups de gueule et des causes justes comme celle d'Olivier Khouberman du collectif « Ni pauvre, ni soumis » militant, en T. shirt jaune, pour la revalorisation de l'allocation pour adultes handicapés.

Le Tour, c'est la joie de se voir à la télé, tout à la fois spectateur et acteur : « Mamie, je suis là... Coucou ! », alors que défilent les gorges de la Tinée, majestueuses comme jamais sur les écrans de France 2, avant le reportage sur les loups du Centre Alpha, l'oeuvre de Gaston Franco, seul homme politique du jour à avoir été cité à la télé. Merci les loups...

Les cyclistes du dimanche s'en tapent des loups, ils ont appuyé les vélos à la fontaine et claudiquent sur leurs chaussures inadaptées au sol ferme, à l'instar de canards boiteux, vers les meilleures positions.

Le Tour, c'est l'Europe sans la bureaucratie, l'Europe de la liberté et de la folle entreprise : la famille Schmidt, de Koeng, au Danemark ; Lorenzo et Fabrizio, de Cuneo ; le fan-club belge de Maxime Monfort, de la COFIDIS, 16e au général, dossard 189 ; les Niçois Jacqueline, Hélène, Charles et Jacques.

Le Tour est injuste

Saint-Etienne vibre, bruisse, tourne en rond, faute de pouvoir quitter les murs en attendant de « Voir-passer-les-coureurs... », alors que les sages du village, à la fraîche sous le tilleul, regardaient le passage des champions sur l'écran géant. En tournant le dos à la route. Pour mieux « Voir-passer-les-coureurs... »

La Musique des sapeurs-pompiers de Nice rythme le passage des athlètes, cuisses luisantes et dents apparentes serrées... On se rue, on crie, les motards sifflent, les gendarmes moulinent l'air... Le premier coureur paraît. « Mais qui c'est ? » Il est déjà passé. Le peloton suit dans un bruissement d'essaim d'abeilles. « On voit rien. On les reconnaît pas. » Ils sont déjà loin. La fanfare range ses instruments. Pas de musique pour les attardés. Ils en auraient besoin. Le Tour est injuste.

« Voir-passer-les-coureurs... » C'est, assurément, le spectacle le plus éphémère du monde du sport. Heureusement qu'il y a l'ambiance. Toute une journée de bonheur compense bien une seconde de frustration...

François Rosso
Nice-Matin

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