Etat des lieux au niveau départemental, à la veille d'une réforme annoncée sur le financement des syndicats. : Photo Philippe Bertini Les Français ont toujours eu un rapport difficile à l'argent et n'aiment pas dévoiler ce qu'ils gagnent et comment et ils vivent. Au lendemain de l'esclandre de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) et à la veille d'une réforme sur le financement des syndicats, il pouvait être intéressant de connaître les moyens avec lesquels les unions départementales vivent en s'adressant aux trois organisations numériquement les plus représentatives du monde du travail : CGT, CFDT et F.O.
Circulez, il n'y a rien à voir
L'Union départementale Force Ouvrière ne laissera pas percer le secret de ses finances, son secrétaire départemental se refusant à toute communication sur ce sujet. « Je n'ai de comptes à rendre à personne, si ce n'est à mes adhérents. Suis-je invité à venir prendre connaissance du bilan des entreprises... » (NDLR : il suffit pour cela de se faire délivrer un cabis au greffe du tribunal ce commerce, moyennant quelques euros).
1 % du salaire net pour la CGT
« Je n'ai rien à cacher », affirme Juliette Decronambourg, membre de la commission exécutive du bureau départemental CGT. Ses finances, ce sont les cotisations des quelque 11 500 adhérents du département répartis dans chacune des branches syndicales autonomes. 12 % sont attribués à l'union des A.-M. Quelques dons, une subvention départementale de 20 000 euros (allouée en 2007 à tous les syndicats) et l'hébergement gratuit par la ville de Nice (il est vrai dans des conditions de confort très discutables). Pas de quoi rouler sur l'or en vérité si le secrétaire général n'était détaché du régime santé, une autre personne détachée 3 jours par semaine et une dernière, deux jours. Car les salaires, on ne saurait y faire face. Au-delà du temps imparti, c'est un total bénévolat. Restent les actions de formation, d'information, de soutien des travailleurs en conflit, de communication, de frais contentieux... Mais pas même de caisse pour soutenir les travailleurs en cas de longue grève. « Si nécessaire, nous avons recours à une collecte, nous faisons appel à la solidarité. De longues grèves comme à la SNCF sont prises totalement en charge par les salariés eux-mêmes qui répartissent sur une longue période le remboursement des journées perdues ».
Et pas de « caisse noire » affirme Juliette Decronambourg, admettant que peut-être un ou deux syndicats de retraités possèdent un livret d'épargne par souci d'économie.
Accroître le nombre d'adhérents
« La CFDT a choisi de développer un syndicalisme d'adhérents, gage d'autonomie », déclare M. Hervo, secrétaire de l'Union départementale. L'adhésion est un acte volontaire individuel, nominatif qui s'accompagne du paiement d'une cotisation. » Pour l'heure, une syndicalisation à 10 % dans la fonction publique et à 5 % dans le privé est peu satisfaisante.
Avec 8 000 adhérents l'UD CFDT surfe sur un budget d'un peu plus de 87 000 euros auquel il faut ajouter la subvention départementale.
L'union qui bénéficie du même nombre de personnel détaché que la CGT, connaît une répartition des dépenses très proche, exceptée la caisse de solidarité qui intervient au bénéfice de l'adhérent au terme de 2 jours de grève.
Inciter les salariés à se syndiquer d'avantage est également une piste envisagée dans le cadre de la réforme du financement. Déjà une défiscalisation à 66 % du montant de la cotisation existe. Elle pourrait être accrue, mais cela paraît injuste aux représentants de la CFDT comme de la CGT qui considèrent que les plus humbles n'en bénéficient pas et préféreraient un crédit d'impôt.
Il faudra beaucoup d'adhésions, car si les UD parviennent à se débrouiller avec leur quota, la confédération CFDT, pour ne citer qu'elle ne retire que 46 % de ses ressources des cotisations.