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 : Patrice Lapoirie
: Patrice Lapoirie
Édition du vendredi 21 décembre 2007

Abardonado : " Je souffrais trop "

Voilà, c’en est donc presque fini de l’idylle entre Jacques Abardonado et l’OGC Nice. Une dernière apparition au Stade du Ray, samedi face à Valenciennes(20h), et « Pancho » fera ses valises pour Nuremberg en Bundesliga (Première division allemande).
Avec ce départ, c’est une page du Gym qui se tourne, qu’on le veuille ou non. Généreux, combatif et doté d’un sacré caractère,le défenseur épousait à merveille les courbes de l’Aiglon. Jamais,sûrement, un « Marseillais » n’avait réussi à trouver une place aussi grande dans le coeur des supporters nissarts.
Pancho en rouge et noir, c’est le Sud au pouvoir, Nice en L1, la finale de la Coupe de la Ligue, les sketchs avec son inséparable Sammy Traoré, un éclatant sourire,une éternelle bonne humeur,174 matchs de L1 avec Nice (2 buts), des litres de transpiration,des centaines de tacles, quelques boulettes, pléthore de sauvetages…
Les histoires d’amour finissent mal, en général. Mais Pancho n’est pas comme les autres. Il quitte un navire niçois aussi stable que celui dans lequel il avait embarqué. Sans vague ni sabordage. Simplement avec un noeud coulant au fond de la gorge.

•Votre départ est-il irréversible ?
Oui. Je voulais avoir du temps de jeu et ici, je sais que je ne vais pas l’avoir. Pour moi, le mieux c’est de partir et de me fixer de nouveaux objectifs, partir dans un nouveau club avec un nouveau challenge.J’ai demandé à mon manager de trouver une solution, il l’a trouvée à Nuremberg.

•Une véritable envie de rebondir vous anime…
Disons que je veux jouer. Peu importe le club, du moment que ça reste en Europe. Ce que je veux, c’est jouer. Je le répète mais ça me manque tellement.

• Une expérience dans un club français aurait pu vous attirer?
En France, non. Je n’aurais pas pu m’investir autant que je me suis investi à Nice. Après, peu importe le challenge, je serais parti, sans réfléchir.

•Quand est-ce que vous avez pris votre décision?
Je vivais très mal la situation, tout le monde le voyait. J’ai perdu espoir il y a quelques semaines,quand j’ai vu que je n’allais vraiment plus jouer. C’était le moment de partir.

•Les départs à la CAN n’auraient ils pas pu vous relancer?
C’est vrai que j’aurais pu jouer tout le mois de janvier. Et après,comment ça se serait passé?

•Cela aurait pu être un moyen de vous imposer de nouveau…
Non, je ne vois pas ça comme ça.J’aurais tout donné comme d’habitude et je serais retourné sur le banc. Je préfère aller dans un autre club pour essayer de gagner du temps de jeu et surtout vivre un nouveau challenge.

•Vous êtes une icône ici…
Ben… je suis un peu amer, c’est sûr. Je le dis haut et fort : ce club je l’aime, cette ville je l’aime, les supporters, c’est la famille on va dire. Ils m’ont accueilli dès le premier match. J’avais du mal à être heureux. En même temps je connais peu de joueurs qui sont heureux de ne pas jouer. Il me fallait une nouvelle source de motivation. A Nuremberg, je vais être servi.

•L’Allemagne, un championnat qui vous attire?
Je l’ai découvert dans « L’équipe du dimanche » puis à travers la Coupe du Monde 2006. C’est un pays qui respire le football. Les stades sont pleins. Dernièrement j’ai vu un match de D2, le stade était bondé, avec une ambiance extraordinaire. C’est un bon challenge, un très beau pays.Quand les gens me disent que je n’ai pas l’habitude du froid, je leur répond que le soleil, je l’aurai toute ma vie depuis que j’ai arrêté le foot à Marseille (sic). C’est un nouveau challenge excitant, et surtout, découvrir une nouvelle culture avant d’arrêter ma carrière, ça me plait.

•Les supporters vous apprécient énormément. Vous pensez qu’ils vont comprendre?
Bien sûr qu’ils vont comprendre parce qu’ils voient bien que je souffre. A chaque match, ils me voient sur le côté du terrain en train de m’échauffer comme un dingue pour rentrer 10 minutes,être en forme pour me mettre au diapason des copains. Ils savent bien que si je pars, c’est parce que je joue pas.

•Vous quittez Nice à reculons?
Non, pas du tout. J’ai fait cinq ans et demis ici. Cinq années merveilleuses puis quatre mois très difficiles, surtout mentalement. Mais je ne garde que de bons souvenirs. Connaître des moments difficiles, c’est la première fois que ça m’arrive en 9 ans de carrière en L1. Mieux vaut tard que jamais, ça me servira pour la suite.

•C’est la période la plus dure de votre carrière?
Oui je pense. C’est vrai que la première année, quand le coach est arrivé, j’ai raté cinq matchs.C’était le début du championnat,après ça s’est vite remis en place.J’ai joué plus de 30 matchs et l’année d’après pareil. Cette année, je n’ai pas joué pendant trois mois. C’est difficile. Surtout quand on a l’habitude de jouer régulièrement, se retrouver comme ça sur le banc, sans jouer…

• Vous avez malgré tout accepté ce scénario ?
Moi je ne demande pas d’explication, le coach fait ses choix. Pour le moment, tout se passe bien, l’équipe a des résultats, je n’ai rien à dire. Et même si elle en avait de mauvais je ne dirais rien parce que je suis comme ça. Je suis là pour faire mon travail, donner le maximum.Le coach me fait jouer tant mieux.Il ne me fait pas jouer, je fais la gueule. C’est dans mon tempérament mais ça ne m’empêche pas de m’entraîner comme un fou parce qu’il le mérite.

•Il y a un respect mutuel vis-à-vis du coach, des dirigeants…
Bien sûr. Je n’en veux pas au coach, je n’en veux ni aux joueurs ni à personne. C’est le football,tout simplement. On peut avoir des hauts, des bas. Jusqu’à présent, je n’ai eu que des hauts même si l’an dernier on a eu une saison galère mais j’ai joué, et on s’est sauvé. C’est la première fois que je connais une situation comme ça. J’ai 29 ans, je suis père de deux enfants. Bien il faut savoir réagir dans des moments comme ça. Et le meilleur moyen, c’est de m’imposer à Nuremberg.
Julien Crévelier
Nice-Matin

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