Un revendeur de voitures aux pratiques peu recommandables surprend un cambrioleur chez lui. Appeler les flics au secours, ce n’est pas le genre d’Yvan. Il ne se laisse même pas aller à un mouvement de colère ou de réprimande. Tout simplement, il propose au jeune Elie de le ramener chez ses parents. Et c’est parti pour une virée insolite à travers le plat pays, au volant d’une vieille et poussive Chevrolet. Ce premier long métrage de Bouli Lanners, un comédien au physique bien trempé que l’on a pu apprécier devant la caméra de certains de ses compatriotes, mais aussi de Jeunet, de Benchétrit ou de Delépine et Kerven notamment, a fait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes le mois dernier. Sans doute l’accueil ovationné qui lui a été réservé, dans une salle bien travaillée par une forte colonie de supporters d’outre-Quiévrain, était-il un brin surévalué. Reste pourtant, dans le genre road-movie clairement revendiqué, une tentative qui ne manque pas de cachet. On voit très vite les références, elles oscillent notamment entre Aki Kaurismaki et Jim Jarmusch. Sens de l’absurde, humour décalé, gags insolites, scènes délayées. Le scénariste-comédien-metteur en scène ne manque pas de tempérament. Et à ses côtés Fabrice Adde, révélé il y a quelques mois par le truculent Paul dans sa vie, lui donne allègrement la réplique pour faire exister son personnage. De quoi assurer la tenue de route d’un périple gentiment engagé sur ses itinéraires secondaires.