Toute sa vie a été rythmée par les horaires de départ et d’arrivée des trains. Enfin ça y est, c’est fini. Terminus, Odd Horten, le conducteur de locomotives, part en retraite. Une nouvelle existence commence pour lui, faite de rencontres, de surprises, d’imprévus. Il se laisse bercer par les hasards qu’il découvre. C’est le nouveau long métrage d’un cinéaste norvégien remarqué en France à l’occasion de la sortie de deux de ses précédents opus, « Eggs » il y a treize ans et « Kitchen Stories » en 2003. Le Festival de Cannes en avait eu la primeur, il a encore eu droit à celui-ci en avant-première. On y retrouve le même style, la même démarche, le même état d’esprit, qui sont également ceux de toute une famille du cinéma scandinave. Mais l’univers burlesque de Jacques Tati n’est pas loin non plus. Une vraie critique sociale, portée par un sens aiguisé du détail qui fait mouche. Mais surtout un état d’esprit fantasque qui déambule en toute liberté dans un univers de poésie, de tendresse, de surréalisme et de grâce. Un humour de « non-sense » batifole de situation cocasse en séquence chaleureuse. Sans ligne de conduite, comme si ce brave conducteur de machine à la vie étriquée goûtait brusquement le plaisir de se conduire en dehors des rails. Il a la dégaine tranquille de Bent Hamer, vieil homme soudain touché par une vitalité juvénile. Dans une composition quasiment dépourvue de dialogues, il fait partager une vision insouciante de l’existence que désormais, il goûte instant après instant avec une gourmandise bonhomme. C.R.