Où chiner ?



Édition du lundi 16 juin 2008

Portes et merveilles


Pousser la porte de l’atelier de Christian Seille, c’est un peu comme pénétrer dans un livre d’histoire géant, dont chaque page serait une porte... Porte du passé ou porte sur le passé ? Pour le découvrir, il suffit d’entrer... aux «1001 Portes».
C’est à Carcès, de part et d’autre de la place Emile Zola, que se trouve le magasin et l’atelier de Christian Seille, antiquaire spécialisé dans les portes anciennes.
Ils ne sont que sept dans toute la France à occuper ce secteur très pointu. Et si Christian Seille ne sait plus très bien ce qui a engendré cette fascination des portes, aujourd’hui encore, après chaque restauration, le bonheur épouvé est le même qu’au premier jour.
« C’est un sentiment mêlé. A la fois la satisfaction d’avoir restitué la beauté d’une porte et celle d’avoir préservé le patrimoine de nos ancêtres».
Car être menuisier ne suffit pas pour restaurer des portes anciennes. Il est nécessaire d’avoir du goût et des connaissances en histoire de l’art. «Mon père était un passionné d’histoire ancienne» se souvient Christian Seille « cela m’a peut-être influencé...» Côté magasin, les clients peuvent découvrir le «produit fini» : des portes entièrements restaurées et repâtinées. Posées sur les murs, au milieu de pièces d’antiquités plus traditionnelles, époques et styles font du «porte à porte». Là, une porte marocaine du XIXe ; plus loin, un très bel exemple de travail lorrain ; plus loin encore, une magnifique porte d’entrée d’hôtel particulier Louis XIV à poignées tête de lion, venue de Valence...Mais les pièces les plus demandées restent celles issues de la production provençale du XVIIe au XIXe siècle . « Le magasin est un peu la vitrine de notre savoir-faire ! » commente le propriétaire. « Car en fait, nous ne vendons pratiquement jamais le produit tel que... Il faut toujours adapter les pièces aux demandes spécifiques des clients sinon, on a jamais ni les bonnes dimensions, ni la bonne teinte, ni le bon bois...» De fait ici, on réalise de l’antiquité « sur-mesure », du travail « clé en main ». Direction, donc, l’entrepôt où l’éventail de choix est quasi illimité... Car il y a là, en vantaux et en impostes, près de cinq siècles d’histoire ! Chaque porte est le témoin de son temps, jusque dans ses blessures : elle raconte son époque et le travail des artisans d’autrefois... « Avec mes trois menuisiers, nous nous apercevons que certaines portes ont déjà été restaurées une ou plusieurs fois» constate Christian Seille « Il y a souvent un petit mot de celui qui a effectué le travail, avec une date, ou alors une simple pièce de monnaie qui permet de restituer l’époque. Et j’y ajoute ma griffe avec le nom de l’ébéniste qui l’a remise en état, le tampon du magasin et la date pour les générations futures. »
Dansl’entrepôt, sur chaque porte, est inscrite une date à la craie... Dans un coin, l’une d’entre elles annonce modestement « 1450 ». A quelque mètres, une porte vitrine Art déco a déjà été retenue par un client japonais. Plus loin, dans l’atelier, les menuisiers ébénistes réparent les outrages du temps, sans dénaturer. « Quand on démonte une porte, il faut être vigilant et tout mesurer, car autrefois, chaque pièce était faite à la main, une après l’autre. Une restauration peut durer une semaine. Réparer une porte avec du vieux bois et travailler avec de la ferronnerie ancienne, c’est 50 % de la réussite.».
Le talent et l’amour du travail bien fait font le reste !
D. MARTY

«Les Mille et Une Portes»- Christian Seille - Artisan Antiquaire- Place Emile-Zola,Carcès. Rens. 04.94.04.50.27.
Nice-Matin

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