Édition du mercredi 09 janvier 2008
Yahia, c'est costaud!
Pour Alaeddine Yahia, il y a un avant et un après le 12 juillet 2006. Le tout nouveaudéfenseur niçois revient de loin. Il le sait. Et comme tout ce qui ne tue pas, rend plusfort... Alaeddine s’est forgé un mental d'acier.
Match amical Sedan-Emirats Arabes Unis : à la 23’, « Alé » décolle pour catapulter le ballon du crâne et retombe mal. Verdict sans appel : ligaments croisés du genou droit. La tuile. A 25 ans, tout juste arrivé à Sedan, le Tunisien voit ses rêves s’évaporer en une seconde. « J’ai senti tout de suite que c’était grave. Je me suis dit, je suis noir. Arrivé le 10 juillet, blessé le 12... Je voulais prouver plein de choses et là plus rien. Je voulais enfin réaliser une saison pleine mais là tout était à recommencer à zéro. » Pendant quelques jours, la tête à l’envers, Yahia broie du noir avant de se relever et de se battre : « J’ai beaucoup gambergé avant mon opération mais avec le soutien de ma famille, de mon agent et de mon meilleur ami, Nicolas Marin, j’ai pu réagir. » Le solide gaillard se donne des objectifs et les atteint au fur et à mesure. Dès le 19 juillet, il travaille tous les jours deux fois par semaine et retrouve ses coéquipiers à l’entraînement en décembre. Il joue avec la CFA2 des Sangliers en janvier avant d’être titularisé en février face à Rennes... pour ne plus lâcher son poste jusqu’à la fin de la saison! Une mésaventure qui lui a forgé le caractère et fait prendre conscience de la fragilité d’une carrière : « J’ai compris que dans le foot tout peut aller très vite. Dans ce sens, la blessure m’a fait du bien. Aujourd’hui, je sais qu’il faut se remettre en question toutes les semaines. » Pour le solide défenseur, plus question de perdre du temps, seulement la volonté de se faire plaisir et de se mettre au service du collectif.De Pancrate à Drogba en passant par Crouch!Avec son caractère facile, sa volonté d’aller vers les gens, Alaeddine n’a laissé que des bons souvenirs dans ses différents clubs. Après ses débuts à Antony (banlieue parisienne) et Palaiseau, il rejoint le centre de formation de Louhans-Cuiseaux où il côtoie entre autres Alou Diarra et Fabrice Pancrate (« C’était une bonne génération»). S’en suivent trois saisons à Guingamp (L1) où il passe pro : « J’ai joué mon premier match en L1 le 13 avril 2002 contre Bordeaux (2-1). J’y ai connu Drogba, Malouda. De belles années. » Sous le feu des projecteurs grâce à ces deux « joyaux », la formation bretonne attise les convoitises. Yahia en profite pour signer à Southampton (« Premier League ») et arrondir ses fins de mois!« Il ne faut pas se cacher que l’aspect financier était important mais j’ai découvert un autre football et des structures pro impressionnantes. Je n’y suis resté que 6 mois et pourtant j’ai connu trois entraîneurs! Mais je me souviens de l’engouement extraordinaire des supporters. Un jour, avec l’équipe réserve, on a joué devant 19 000 spectateurs. »A Southampton, il croise Peter Crouch (Liverpool) et le jeune Theo Walcott (Arsenal). Prêté par la suite à Saint-Etienne, il refoule les pelouses de L1 en compagnie de Vincent Hognon et David Hellebuyck qu’il vient de retrouver à Nice. « Vincent était assis à deux places de moi dans les vestiaires. »Une position quasi similaire aujourd’hui pour le néo Niçois. Enfin, on ne peut quitter Yahia sans lui parler de l’équipe nationale de Tunisie. « Quand on joue un match de qualification pour la Coupe du monde ou quand on participe aux JO, la pression est incroyable. J’adore jouer ce genre de rencontres. » Non sélectionné pour la CAN, on sent Alaeddine touché mais il ne souhaite pas faire de commentaire. Il lance seulement un message d’encouragement à ses coéquipiers. Alaeddine Yahia est dorénavant Niçois à 100 % et lance en partant : « Pourquoi ne pas gagner une coupe cette saison avec Nice? »
Rudy Koskas
Nice-Matin