: C'était à la fin des années quatre-vingt-dix. Les nouveaux tsars de Russie se livraient, sur la Côte d'Azur, à une drôle de bataille immobilière. Dix ans se sont écoulés et le vent d'Est qui souffle sous les palmiers azuréens n'a pas faibli. Bien au contraire. En 2000, les services fiscaux estimaient à 200 millions d'euros les investissements « russes » dans les Alpes-Maritimes. Depuis, ils ont été multipliés par cinq !
Un milliard d'euros, tel est le montant des capitaux slaves injectés dans l'économie azuréenne ces dernières années. Derniers coups d'éclat en date : le rachat d'un domaine de chasse à Val-de-Chalvagne, au-dessus d'Entrevaux, qu'un groupe d'investisseurs moscovites s'apprête à transformer en résidence hôtelière " d'hypra luxe ". Ou encore l'éventualité d'une reprise de l'OGCN par Dinat Akhmetov, le surpuissant patron du Shakhtar Donetsk qui se trouve être la septième fortune de Russie. Tout un symbole !
Une antenne du Kremlin à Cimiez ?
Et ce n'est pas tout. Si les « novarichs » diversifient leurs investissements, c'est désormais au tour de la petite bourgeoisie russe d'inonder de roubles le marché des résidences secondaires. Le montant moyen des acquisitions est dès lors en chute libre ! Mais pas leur nombre. Encore moins celui des touristes originaires de la grande Fédération en visite sur la Côte : il a explosé en trois ans. Preuve s'il en fallait encore de cette déferlante, c'est le Kremlin qui cherche aujourd'hui un pied à terre à Nice...
« Nous allons fermer notre consulat général à Marseille pour l'installer à Nice, annonce S.E. Alexandre Orlov, l'ambassadeur de la Fédération de Russie en France. Nous sommes intéressés par un hôtel qui est à vendre sur la colline de Cimiez ».
Le représentant du pouvoir moscovite explique les raisons de ce déménagement : « Nous avions ouvert dans les années 70 un consulat à Marseille. Notre flotte marchande y faisait escale. Or, l'an passé, seulement trois navires russes s'y sont amarrés... » En clair, les intérêts économiques de la Fédération se sont déplacés plus à l'Est... De quelque 200 km. « Ce que vous faites dans votre région, dans l'industrie aérospatiale à Cannes ou dans le secteur des nanotechnologies à Sophia, nous intéresse beaucoup. » L'ambassadeur Orlov ne s'en cache pas : « Nous serions très désireux de pouvoir investir dans ces domaines d'activité à vos côtés. »
En attendant, sans parler de guerre de propriété autour de l'église russe de Nice (page ci-contre) et malgré quelques tentatives dans des secteurs aussi variés que l'industrie des cosmétiques ou cette proposition de rachat du Gym, c'est surtout dans l'hôtellerie que les roubles coulent à flots. La toute récente OPA sur le « Domaine des Dieux » à Entrevaux en est une belle illustration (page ci-contre). Avant elle, le Métropole de Beaulieu ou encore le Grand Hôtel du Cap Ferrat étaient déjà passés à l'Est.
150 000 touristes l'an passé
Sans doute parce que cette déferlante russe qui gagne la Côte est avant tout touristique : 150 000 visiteurs de l'ancienne URSS en 2008, c'est 50 % de plus qu'en 2005. Une raison de plus pour le pouvoir moscovite de déplacer à Nice son consulat général. Le diplomate évoque ainsi la création d'un musée de l'immigration russe en France : « Pourquoi pas à Nice. » Ou encore l'année bilatérale France - Russie célébrée l'an prochain... « De toute façon, je l'ai dit à Christian Estrosi récemment, conclut-il en plaisantant. Il faudra bientôt qu'il rebaptise la Promenade des Anglais... Promenade des Russes ! »