Si les contrefacteurs sont surveillés de près par les services français et la guardia di finanza italienne, les consommateurs aussi risquent gros. Ils pourront faire l'objet d'investigations judiciaires. : Photo Olivier Poisson La lutte contre la contrefaçon vient d'entrer dans une nouvelle dimension. Exit la petite « babiole » contrefaite que l'on brandissait, tel un trophée, au retour des grands marchés italiens de Vintimille et de San Remo. Depuis quelques années, le folklore a laissé la place au crime organisé : un milieu difficile à cerner où se mêlent triades chinoises et mafia italienne. Petit retour en arrière pour un décryptage de la situation.
« Petites mains » asiatiques
En 2004, un important foyer de production d'articles de luxe contrefaits a été découvert en Italie, dans la banlieue de Florence, en Toscane. Des milliers de Chinois sont alors employés dans des ateliers spécialisés dans le travail du cuir. Le rapport d'enquête de la police rédigé dans la foulée a permis de mettre en évidence la « technique » des contrefacteurs : « Les petites mains asiatiques - qui ont signé avec un chef de clan en Chine un contrat de 3 ans - sont nourries, logées et blanchies pour 150 euros par mois. En une journée seulement, le site produit 9 000 articles qui sont ensuite cédés 25 euros pièce à des Sénégalais qui les vendent à la sauvette entre 40 et 80 euros ».
Marc-Antoine Jamet, président de l'Union des fabricants (UNIFAB) est bien au courant de la méthode. Il en dévoile même une autre : « L'approvisionnement des grands marchés italiens - comme les marchands qui sillonnent la Côte d'Azur en été - se fait par conteneurs entiers. Ils arrivent au port de La Spezia, indique-t-il, en provenance d'Asie (à 80 % de Chine) et profitent des réseaux de distribution locaux. Les mêmes que nous trouvons dans le sud de l'Italie... », poursuit-il.
« Ce n'est pas pour rien si le haut-commissaire à la lutte anti-contrefaçons en Italie est sous la tutelle du procureur en charge de la lutte anti-mafia ».
Bien au fait de cette dérive mafieuse du marché de nos grands-parents, les autorités sont plus que jamais décidées à prendre le problème à bras-le-corps. Sur le terrain, les douaniers ont redoublé de vigilance aux postes clés et ils disposent également de moyens adéquats.
A La Turbie par exemple, un immense scanner mobile est capable de révéler le contenu entier d'un semi-remorque en un temps record.
Les fabricants, qui se plaignent du pillage intellectuel et du manque à gagner provoqués par la copie illégale, s'en réjouissent : « Les opérations se sont intensifiées ces dernières années. La coopération entre les services français et la guardia di finanza italienne est très efficace », ajoute Marc-Antoine Jamet.
Au niveau de l'Etat, le 4 juillet dernier à Paris, le ministre du Budget, Eric Woerth, a profité du 40e anniversaire de l'Union douanière pour rappeler que « la douane d'aujourd'hui a un rôle complexe et stratégique. Elle doit concilier la facilitation du commerce international (...) et l'efficacité dans la lutte contre la fraude, pour assurer la protection de tous ».
L'Union européenne mobilisée
Une protection que la récente présidence de la France à l'Union européenne a également tenue à inscrire au rang de ses priorités : « En relançant le plan d'action que les Britanniques avaient initié en 2005 et en faisant adopter par le Conseil de l'Union européenne des conclusions débouchant sur un processus opérationnel : un plan d'action anti-contrefaçons pour la période 2009-2011 ».
Ce nouveau combat à l'échelle européenne devra répondre à quatre défis. La lutte contre les copies dangereuses pour la santé et la sécurité du consommateur : en particulier les médicaments qui se vendent sur le Web. Celle contre les réseaux criminels tirant leurs ressources de la contrefaçon : les membres d'un groupe salafiste pour la prédication et le combat avaient été arrêtés à Paris pour trafic de produits contrefaits. La mondialisation du phénomène et la lutte contre la contrefaçon via Internet (lire en page 3).
L'action sur le terrain
Pour y arriver « des raids sont menés tous les mois directement chez les fournisseurs », insiste Marc-Antoine Jamet. Au début du mois de juillet, la police municipale de San Remo a découvert dans les locaux de deux plagistes de la station balnéaire ligure, plus de 300 marques contrefaites vraisemblablement destinées à leur propre clientèle et à celle des plages voisines.
Cette « coopération européenne contre la fraude, la criminalité organisée et le terrorisme » souhaitée par Eric Woerth, vise à débusquer les réseaux organisés. D'où l'amélioration des méthodes de contrôle des brigades mobiles des douanes et la mise en oeuvre d'opérations conjointes au niveau des Etats membres comme au niveau régional.
Les contrefacteurs dans l'oeil du viseur ? Pas seulement, les consommateurs sont, eux aussi, concernés : « Ils seront fortement dissuadés », précise M. Jamet, « des investigations judiciaires pourront être menées même en centre-ville ». Avis aux amateurs.