Christian Estrosi a présenté hier aux Moulins son plan pour s'attaquer à la dégradation des habitations HLM.« Je vais terroriser les voyous dans la ville, et c'est important de le dire ici, aux Moulins, là où il y a le plus de victimes ». Christian Estrosi est stupéfait. Au beau milieu de la visite du maire organisée hier dans la cité HLM, un journaliste de France 3 vient de se faire subtiliser sa caméra.
« A force de tout admettre sans apporter de réponse, pendant la visite du maire on est capable d'un tel acte. Que ce soit une caméra ou le sac d'une dame âgée, c'est inadmissible. »
Place des Yuccas, les habitants venus accueillir leur nouveau maire sont consternés. « A cause d'une minorité, voilà l'image qu'on donne », se désole Lucette. Cette locataire depuis 28 ans, n'ose plus sortir à la nuit tombée. « Ici il y a beaucoup d'honnêtes gens, on demande juste à vivre dans la paix et la dignité. »
Un cadre de vie décent
Les boîtes aux lettres arrachées, les câbles électriques à nu, les ascenseurs en panne, les épaves calcinées. Voilà le quotidien des habitants des Moulins, mais aussi de Pasteur, Bon Voyage, l'Ariane. Christian Estrosi leur a promis hier un changement rapide.
« Je lance un plan Orsec pour que dans les 100 jours, les habitants des cités gérées par Côte d'Azur Habitat retrouvent un cadre de vie décent. » Comment ?
Par la création de 150 postes de gardiens d'immeuble. Relais indispensables auprès des locataires. « Ils ont été supprimés en 1993, rappelle Dominique Estrosi, adjointe au logement, à la cohésion sociale et à la lutte contre les discriminations. Or ils remplissaient une vraie mission, ils étaient en contact avec les habitants, signalaient les problèmes à régler ».
Comme Rudolph Giuliani à New-York
Les agences de secteur de Côte d'Azur Habitat vont également être dotées de moyens supplémentaires pour assurer des travaux d'urgence, sans avoir besoin de faire remonter chaque demande au siège. « La théorie de la réparation immédiate avait été mise en place par l'ancien maire de New-York Rudolph Giuliani, a expliqué Christian Estrosi. Si un carreau cassé n'est pas remplacé dans l'heure, on casse celui d'à côté. C'est pourquoi il faudra intervenir vite. Ce sera pareil pour la propreté. Et si on prend quelqu'un en train de tagger, il sera condamné à repeindre pendant 15 jours. Croyez-moi, ça lui passera l'envie de dégrader ».
L'espoir du changement
Dans la cage d'escalier de l'immeuble 1, devenu lieu de deal, Sandrine et Vincent écoutent avec attention ce discours de fermeté. Sur leur visage se lit une grande lassitude. A bout, Sandrine se livre : « on ne vit plus ici. Pourtant quand j'étais petite, confie la jeune femme, j'étais heureuse aux Moulins ». Aujourd'hui ses parents ont peur. Elle aussi. « On croise les dealers mais on ne peut rien dire sinon...»
Christian Estrosi se tourne vers Benoît Kandel, adjoint à la sécurité, lui glisse quelques mots à l'oreille. Puis s'approchant de Vincent et Sandrine répond à leur détresse : « On les poursuivra. On va faire fonctionner la chaîne pénale pour qu'il n'y ait plus un acte sans réponse. Ça va changer ».
Sandrine et Vincent ne demandent qu'à le croire.