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Nice-Matin
Actualité Alpes-Maritimes
samedi 15 mars 2008

Nice : La région Paca veut éradiquer la pratique « intolérable » de l'excision

 Dans son livre « Sur la terre des Massaï » (Ed. Albin Michel), Elizabeth Gilbert raconte comment elle a pu assister, et photographier, la cérémonie d'excision de Naipende, jeune fille de 16 ans, dans son village du Kenya. Et au Mali « un parent qui refuse d'exciser est considéré comme un mauvais parent ».  :  Photo Elizabeth Gilbert Dans son livre « Sur la terre des Massaï » (Ed. Albin Michel), Elizabeth Gilbert raconte comment elle a pu assister, et photographier, la cérémonie d'excision de Naipende, jeune fille de 16 ans, dans son village du Kenya. Et au Mali « un parent qui refuse d'exciser est considéré comme un mauvais parent ». : Photo Elizabeth Gilbert

Première enquête du genre en France : les femmes victimes de mutilations sexuelles font actuellement l'objet d'une enquête dans les 42 maternités de la région Paca.

Selon les ministères de l'Éducation nationale et de la Santé, près de 60 000 femmes et fillettes sont excisées ou menacées de l'être en France, soit environ 3 000 personnes en région Provence-Alpes--Côte d'Azur, d'après les estimations de l'Institut national d'études démographiques, basées sur les populations de migrants.

Dans le plan national « santé et violence »

La France est un des pays dans lequel le dispositif de lutte contre ces mutilations est le plus complet, avec des actions d'éducation, d'information et de formation, mais également avec un volet répressif et pénal.

« Le ministre de la Santé et des Solidarités a prévu que cette lutte soit inscrite dans le plan santé et violence », explique Jean Chappellet, directeur régional de l'action sanitaire et sociale (DRASS) à Marseille (1). « La région Paca fait partie des zones prioritaires et doit mettre en place des mesures renforcées... L'objectif est d'éradiquer au plus vite, et au plus tard en 2012, ces pratiques intolérables. »

Mais avant de passer à l'action, la Région a besoin d'un « état des lieux ». « Nous voulons nous appuyer sur des données précises à des fins de prévention des petites filles », précise le Dr Stéphanie Gentile (Marseille), médecin coordinateur de ce projet.

Près de 500 cas dans les Alpes-Maritimes

Dans les Alpes-Maritimes, où l'on estime à près de 500 le nombre de femmes excisées ou menacées de l'être, les maternités ont reçu leur formulaire et l'enquête a déjà débuté, comme le confirme le Dr Eliane Galiba, gynécologue à la maternité du CHU de Nice (service du Pr Bongain) : « Nous avons deux enquêtes en cours, une en salle de naissance et l'autre aux consultations, nous voyons régulièrement ces femmes arriver à la maternité. »

Même dans le secteur privé, comme à la clinique Saint-George de Nice, où l'enquête a commencé là aussi : « On en voit moins qu'à l'hôpital, mais cela arrive ici aussi, bien sûr », explique le Dr Nathalie Jugnet, gynécologue. « Le problème, c'est que ces femmes ne parlent pas de leurs mutilations, on les découvre à l'examen. Et au moment de l'accouchement, c'est la catastrophe, avec des déchirures et des hémorragies... tout simplement parce que « tout » est quasiment fermé chez ces femmes infibulées (ndlr : qui ont subi non seulement une excision du gland clitoridien, mais également une infibulation, ou couture des petites lèvres), et que l'orifice vaginal qui leur reste se déchire. Ensuite, il faut suturer, mais notre cursus ne nous a pas préparés à la restauration des fonctions sexuelles de ces femmes excisées et infibulées... »

Des blessures « qui ne se referment jamais »

Au CHU de Nice, deux gynécologues chirurgiens se sont spécialisés dans la réparation très délicate de ces mutilations sexuelles féminines. « Mais les blessures de l'excision ne se referment jamais », expliquent les gynécologues qui, parfois dix ou vingt ans plus tard, entendent encore en consultation les souffrances physiques, mais aussi psychologiques de ces femmes africaines. Même parvenues à l'âge mûr, elles restent traumatisées par les mutilations génitales de leur enfance.

C'est justement leurs enfants, ces petites filles du XXIe siècle, que l'on veut aujourd'hui protéger, pour en finir avec ces « actes barbares » comme les qualifie une autre gynécologue, le Dr Solange Hugues.

1. Lors du colloque « Femmes et mutilations sexuelles » à l'initiative de la Direction générale de la santé, de la DRASS, de Gynécologie sans frontière (GSF), avec l'appui du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles (GAMS).

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