Robert Injey (au centre), Emmanuelle Gaziello, Jean-Louis Fiori, les autres élus communistes et leurs militants se relaient sur le terrain pour faire tourner une pétition qui, selon eux, pourrait bien remettre en cause la future communauté urbaine. : Photo Patrice Lapoirie Un petit grain de sable citoyen, une simple pétition, pourrait bien bloquer le processus de constitution de la future communauté urbaine de Nice. Tout au moins si l'on en croit les élus communistes. Pourtant, le 24 septembre dernier la Canca en a adopté les statuts fondateurs : 24 communes qui n'en feront plus qu'une ? Au risque, comme le redoute l'opposition de gauche, de « reléguer certains maires à un rôle de simples conseillers de quartier affublés d'une écharpe tricolore » ?
Pour Robert Injey (PCF), la future communauté urbaine « profitera avant tout à Nice et à son premier magistrat, Christian Estrosi qui, souligne-t-il, deviendra une espèce de super-maire, qu'au passage 150 000 électeurs n'auront même pas élu. » Car, au-delà du débat de fond sur faut-il ou pas un tel regroupement, c'est bien la forme qui chagrine le groupe communiste. Ses membres dénoncent « un passage en force ». Les statuts adoptés, il ne reste plus qu'à les faire ratifier par les conseils municipaux des 24 communes concernées... Dotées très largement d'une majorité UMP. Et Christian Estrosi veut aller très vite. « That close de vote...» Autant dire que les jeux sont faits ?
Une pétition contre le « passage en force »
Robert Injey dénonce cette « précipitation ». « La loi nous donne trois mois, mais le maire de Nice et président de la CANCA souhaite que tous les conseils municipaux se soient prononcés dans les 15 jours. Pourquoi ? » Pour le groupe communiste « c'est que Christian Estrosi redoute qu'il y ait débat sur ce projet qui commencer à susciter de la contestation, jusque dans son propre camp. »
Et, selon le groupe communiste, cette « contestation » pourrait bien jouer comme un grain de sable démocratique dans les rouages de mastodonte communautaire. Depuis près de trois semaines les militants se relayent sur le terrain, stylo à la main ils font tourner une pétition à Cagnes-sur-Mer, Vence, Levens ou encore La Trinité (1).
Le texte en question demande à ce que soit organisé un référendum populaire sur l'adhésion à la communauté urbaine.
« Marge de manoeuvre réduite »
Combat d'arrière-garde puisque les statuts sont en passe d'être ratifiés par les 24 communes concernées ? Pas selon Robert Injey. « Si un quart des électeurs d'une commune signe la pétition, le référendum devra obligatoirement être inscrit à l'ordre du jour de son conseil municipal. Et à ce moment-là il sera plus difficile de passer en force. Comment pourront-ils aller contre un quart de l'électorat de la commune ? »
À vrai dire, on imagine mal que les militants et élus communistes vont réussir à mobiliser 90 000 des quelque 350 000 Niçois autour d'une pétition. Mais ce n'est pas leur objectif. Ils semblent plutôt cibler des plus petites villes. Là où, peut-être, il est plus facile d'agiter le spectre d'une ville de Nice toute puissante qui demain pompera les finances de ses voisines. Là, aussi, où certains se sentent déjà laissés pour compte. A La Trinité, notamment, où on désespère de voir passer le tramway.
Or, cette petite soeur à l'Est de Nice, et ses quelque 10 000 habitants, pourrait bien à elle seule faire voler en éclat le projet de communauté urbaine. Car, l'une des conditions nécessaires à sa constitution, c'est qu'elle totalise au sein de ses frontières plus de 500 000 résidents. Or, la marge de manoeuvre serait bien petite. « À peine plus de 3 000 habitants », si l'on en croit les élus communistes. Plutôt 10 000 si l'on se réfère aux statistiques de l'INSEE.
Toujours est-il qu'il suffirait qu'une poignée de « petites » communes se porte pâle pour que ce soit toute la communauté urbaine qui se retrouve en panne. Et c'est bien le but de cette pétition.
1- Une réunion publique est organisée par le PCF jeudi à 18 h 30 dans la salle du conseil municipal de La Trinité.