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Nice-Matin
Actualité Nice
mercredi 17 décembre 2008

Nice - Jean-Médecin : plongée dans l'envers du décor

 La basilique Notre-Dame sert de « façade » pour masquer l'envers du décor.  :  Photo Patrice Lapoirie La basilique Notre-Dame sert de « façade » pour masquer l'envers du décor. : Photo Patrice Lapoirie

Jean-Médecin, l'avenue illuminée aux enseignes attractives, où l'on se presse pour faire ses derniers achats de Noël. Voilà pour la scintillante vitrine commerciale de Nice.

Mais dans l'envers du décor, l'ambiance est tout autre. Là, à quelques dizaines de mètres à peine de l'emblématique Avenue, la misère s'affiche au grand jour. Hôtels meublés, lieux d'accueils pour sans domicile fixe ou toxicomanes fixent dans ce quartier des populations fragilisées.

« Venez, vous allez comprendre. » Robert, un ancien de ce coeur de ville jadis bourgeois, nous emmène pour une tournée un peu particulière. Celle d'un quartier à l'équilibre précaire. Prêt à basculer.

Le point de départ : le parking derrière l'église Notre-Dame. Coincé entre les rues de Suisse et d'Italie, il joue comme un repoussoir. En ce lundi matin, une voiture de police traverse le parking. En vélo, deux agents verbalisent des véhicules mal stationnés le long de l'église. La présence de la police s'est renforcée ces dernières semaines. Et des planques organisées. Pour tenter de coincer des dealers. « Le trafic se déplace un peu plus loin à l'angle de la rue Paganini et de la rue de Suisse », observe un riverain.

« Samedi, deux personnes se sont battues », commente encore ce jeune vendeur dont le commerce donne sur ce parking. « Pourtant, depuis quelques semaines, c'était plus calme. Mais les bandes qui zonent ici toute la journée créent un sentiment d'insécurité. »

« Pas photo ! »

Le parking est aussi un lieu où se retrouvent les réfugiés, logés dans les meublés du quartier. Ils ont fui leur pays pour des raisons économique ou politique. Et c'est ici qu'ils atterrissent.

« Pas photo s'il vous plaît ! » En quelques mots hésitants, ce jeune Tchétchène nous résume sa situation. Précaire. Il a quitté son pays et attend une régularisation.

Alors la photo, il préfère pas. Il nous remercie et retourne vers ses compagnons d'infortune. Un petit groupe rassemblé à l'angle de la rue d'Italie et de la rue d'Angleterre.

Un peu plus bas, rue de Russie, Robert s'arrête devant l'hôtel de passe où une grenade a explosé il y a deux mois.

Puis il descend vers la rue Paul-Déroulède. « La situation se dégrade, commente Marc. L'autre jour j'ai retrouvé des seringues dans la cage d'escalier. » Depuis, ce jeune père de famille rentre la poussette de son bébé. « On est flippé d'y retrouver des seringues. La semaine passée, un commerçant a surpris un drogué qui se shootait dans la cour de l'immeuble. » Rue Offenbach, où une association accueille des usagers de drogue, les riverains constatent que la tension est montée d'un cran. « On doit enjamber les types avec leurs chiens. Et surtout ne rien dire. L'autre jour, une retraitée m'a demandé de l'accompagner parce qu'elle avait peur. »

Au bout de la rue, un immeuble a été muré et les squatters délogés. « On pourrait y héberger des fonctionnaires, des jeunes actifs », suggère Robert. Depuis le trottoir jonché de canettes de bière on aperçoit l'arrière de l'hôtel de luxe du bd Victor-Hugo. La tournée s'achève aux portes du Nice cossu. Avant de retourner chez lui, rue d'Italie, Robert prévient : « On ne peut pas laisser le quartier comme ça. Il faut arrêter d'y concentrer les problèmes. »

Sophie Casals
Nice-Matin
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