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Nice-Matin
Actualité Nice
mardi 20 janvier 2009

Vincent Pinchaux, le prof qui désobéit au ministre Darcos

 « L'année est amputée de trois semaines. C'est aberrant », estime l'instituteur « désobéisseur ».  :  Photo Richard Ray « L'année est amputée de trois semaines. C'est aberrant », estime l'instituteur « désobéisseur ». : Photo Richard Ray

Ils seraient un millier, en France, à désobéir au ministre de l'Éducation nationale. Vincent Pinchaux, 41 ans, est le premier - et le seul - dans le département des Alpes-Maritimes.

Professeur des écoles, ce Niçois exerce en primaire dans un quartier populaire du nord de la ville. Impossible de le rater : Vincent Pinchaux a résumé son action sur un gilet de sécurité qu'il ne quitte plus, sauf en classe. « École en danger », peut-on lire sur son dos.

Ce qui l'irrite, et qu'il veut dénoncer, c'est d'abord la suppression des deux heures du samedi, désormais réparties sur quatre jours sous la forme d'une « aide personnalisée » aux élèves en difficulté. Une hérésie, selon lui.

« L'année étant amputée de trois semaines, nous devons avancer dans le programme à marche forcée », estime-t-il. « Ces heures nous manquent. Nous sommes censés faire du rattrapage avec des enfants qui, auparavant, bénéficiaient simplement d'une attention particulière pendant le cours normal de la classe. Dans le même temps, le ministère veut démanteler le réseau d'aide spécialisée aux élèves en difficulté en éliminant 3 000 postes par an. Au mépris de la formation spécifique d'enseignants qui redeviendraient des instits de base. Aberrant ! »

« Résistance »

Parce qu'il lui paraît important de « prendre la parole pour dénoncer clairement la réforme », Vincent Pinchaux a décidé de s'associer à un mouvement spontané et diffus de « résistance » qui compterait à ce jour un millier de partisans à travers le pays.

« J'ai écrit au ministre à la veille des vacances de Noël, puis récemment à l'inspecteur d'académie des A.-M. pour déclarer ma désobéissance. Je n'ai pas encore reçu de réponse », indique Vincent Pinchaux. Il sait que cette action risque de lui valoir des sanctions, depuis la baisse de la note administrative jusqu'à la perte de salaire.

L'instituteur dit cependant remplir sa mission : « Pendant les deux heures en question, je suis devant les élèves. Simplement, à la place d'une aide personnalisée, je propose un atelier de production de l'écrit et une activité informatique. »

Beaucoup d'autres enseignants des A.-M., assure-t-il, manifestent leur désapprobation à la réforme Darcos en faisant preuve d'une « grande inertie » dans son application. Pour l'instant, aucun n'est allé plus loin : « Des collègues me soutiennent, d'autres me voient comme un gauchiste parce qu'ils savent que je suis, par ailleurs, militant CGT. Je ne désespère pas que certains me rejoignent. »

Franck Leclerc
Nice-Matin
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